Pierre Lassalle est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages d’ésotérisme et de spiritualité. Il a développé un enseignement d’inspiration christique adapté à l’Occidental d’aujoud’hui.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours qui vous a amené à ce que vous faites aujourd’hui ?

Comme tous les enfants, j’avais un lien avec le monde spirituel mais je ne l’ai pas perdu. En général, on perd ce lien entre 7 et 11 ans. Même durant l’adolescence, qui est une période un peu perturbée, j’ai gardé cette connexion. J’étais toujours un peu entre deux mondes, dans ma bulle. Je jouais avec des « petits êtres » que je percevais mais qui étaient invisibles pour les gens, et en même temps je voyais le monde extérieur, avec le fonctionnement des adultes qui me paraissait bizarre. J’avais l’impression que je connaissais les solutions alors que je les voyais se débattre dans leurs problèmes. Donc, j’ai du m’adapter à ce monde tout en gardant ma conscience. À partir de vingt ans, j’ai reçu un enseignement provenant directement du monde spirituel pour m’amener à faire des activités comme du yoga ou lire certains ouvrages.

Comment saviez-vous que cela provenait de guides spirituels plutôt que de votre intuition par exemple ?

Dans l’adolescence, je sentais une force, une présence qui était là. Je savais qu’il y avait quelque chose qui me guidait dans laquelle j’avais une foi absolue. Quand je posais une question, j’avais la réponse dans la semaine qui suivait. Je ressentais qu’il fallait que je fasse certains actes, bien que je ne savais pas pour quelle raison je devais les faire et ce n’est qu’après que j’en comprenais le sens. Normalement, on pose d’abord des questions et on obtient une réponse… Dans mon cas c’était le contraire, c’est comme si je recevais d’abord une réponse. Je fonctionnais à l’envers car je n’avais pas de guide incarné. Et peu à peu, je faisais le chemin consciemment en remontant vers le spirituel. Je suis allé dans différentes directions par rapport à ce qui m’était proposé. Mes parents n’étant pas religieux, je n’ai donc reçu aucune influence de ce côté la.

Vous dites que les enseignements de Rudolf Steiner et d’Aurobindo ont été une source d’influence importante…

Oui, je trouve qu’Aurobindo était un oriental qui avait aussi un fonctionnement d’occidental car il était tourné vers l’avenir. J’ai expérimenté son Yoga Intégral qui consiste à faire descendre le supramental dans la matière jusque dans les cellules. C’est l’un des plus grands maîtres spirituels du XXe siècle. J’ai aussi beaucoup étudié Aïvanhov, Peter Deunov, Idris Shah…

Vous vous définissez comme un instructeur spirituel ?

Oui j’aime bien le terme d’instructeur spirituel ou professeur de spiritualité. Depuis l’âge de 33 ans, je suis constamment relié consciemment au monde spirituel, je peux le voir comme je vois le monde physique. Je sais bien que ça peut sembler un peu prétentieux de dire ça de cette façon… Je passe une grande partie de mon temps à faire des recherches en lien avec le monde spirituel et des livres. Je me perçois comme un messager. Mon but n’est pas d’être Pierre Lassalle qui est mon nom extérieur. Je suis plutôt comme un instrument et j’essaye d’être le plus transparent possible pour transmettre le spirituel. Je n’enseigne pas mon vécu, je propose des lois universelles qui peuvent convenir à tout le monde. Métaphoriquement, le courant spirituel que je représente a une couleur particulière et il attire les gens sensibles à cette couleur. Je ne prétends pas intéresser tout le monde. Mais je vais vous révéler un secret. Quand j’ai commencé à faire mon travail de transmission, la première chose qui m’a été demandée de faire était de lancer un appel dans l’invisible qui disait en substance : « Je suis là, je suis porteur d’un enseignement que ceux qui me cherchent me trouvent ». C’est un principe d’appel-réponse. Les gens qui cherchent une voie et qui résonnent avec cette vibration viennent naturellement.

Que pensez-vous du channeling ? Diriez-vous que vous en faites ?

Non, je suis un méditant. La différence entre un channel et ce que j’appelle un méditant est que le channel ne médite pas. Il a une capacité à éteindre sa conscience qui est localisé au niveau de la tête et du chakra coronal. Lorsque le channel laisse tomber sa conscience, elle descend jusque dans son ventre. Ce qui fait que d’un point de vue occulte, il est comme vide et une entité peut entrer en lui et prendre sa place. L’entité habite donc la tête jusqu’au centre laryngé, elle peut même traverser le système nerveux et faire bouger le corps. Je n’ai rien contre les channels. Je pense qu’ils sont de bonne foi en croyant qu’ils vont canaliser des anges, des archanges, de grandes entités spirituelles … Mais il existe une loi spirituelle qui dit qu’à partir du moment où un être humain se laisse aller, une entité spirituelle n’a pas le droit d’entrer en lui, c’est comme un viol. Elle respectera toujours la liberté de l’homme et n’entrera en relation avec lui que s’il est conscient de ce qu’il vit. S’il ne l’est pas, elle se retirera. Je l’ai fait expérimenter des milliers de fois à mes élèves qui entraient en méditation consciemment pour entrer en contact spirituel. Au bout d’un moment, si on commence à fatiguer et à perdre conscience, l’entité spirituelle s’en va aussitôt. En revanche, les basses entités, qui ne respectent pas la liberté, profitent de l’être humain. Je pense que les gens qui font du channeling sont des victimes, c’est vraiment dangereux pour eux. J’en connais qui font ça depuis un certain temps et qui connaissent des désordres nerveux, des problèmes de santé… En fait, ces entités ne sont pas idiotes, elles ne vont pas dire des horreurs mais plutôt des jolies choses pour séduire les gens. Quand on écoute bien ce qu’elles révèlent, on se rend compte que n’importe qui peut le dire, il n’y a là rien d’extraordinaire. Je trouve dommage que tous les gens qui suivent ces channels et qui ont une recherche sincère de spiritualité ne font qu’entendre des choses qu’ils ont lu partout et tournent en rond.

Vous faites souvent référence au Graal, qu’est-ce cela évoque pour vous ?

Pour moi, c’est une énergie spirituelle. C’est la quintessence de ce que le Christ a apporté sur terre il y a 2000 ans. Le Christ n’a rien à voir avec la religion qui n’est qu’une récupération, un système qui n’est pas évolutif, chargé de dogmes, qui engendre habitudes et répétitions. À mon sens, ce qui fait évoluer c’est la surprise, les risques, se jeter dans le vide. Ce que le Christ a apporté est hors religion, hors tout. Son apport n’est pas seulement un enseignement mais aussi un vécu, un cheminement spirituel. Il a donc laissé une trace. Le sang qui a été recueilli dans la coupe symbolise le support de l’esprit. C’est ce qu’il y a de plus individualisé en nous. En versant son sang dans la coupe, c’est comme si on recueillait la quintessence de son esprit, de ce qu’il a vécu sur terre, pour toute l’humanité. La coupe du Graal contient tout le potentiel que l’être humain peut développer. Le Christ est à la base de ce courant spirituel que j’appelle le sentier du Graal. Joseph d’Arimathie était le premier instructeur d’une longue lignée de cette voie. Si je fais cela aujourd’hui, c’est le Christ qui me l’a demandé. Je ne suis pas fou, à priori jamais je n’aurais fait ça. Quand on me l’a demandé, j’ai dit : « C’est bien gentil de penser à moi mais allez en voir d’autres ! » J’étais terrorisé qu’on me demande de faire ça car j’en mesurais toute la responsabilité. J’avais 32 ans quand j’ai fait cette rencontre avec le Christ, qui est la plus importante de ma vie. Je pourrai dire comme une blague que j’ai remontré Dieu… Apres cette expérience, j’étais vraiment moi. Avant je n’étais pas accompli, en préparation, comme un semblant de moi.

Diriez-vous que vous avez vécu l’expérience d’éveil ?

Oui, c’est ce qu’on appelle l’illumination, l’éveil ou le samadhi. Chaque tradition s’accorde à donner un nom à cet instant d’union ou l’on rencontre la divinité. Ce qui fait que l’on reconnaît qu’on est fils de Dieu, si on peut dire. Mais j’évolue toujours, je veux explorer toute la richesse de l’être humain, sa grandeur, en me liant au monde spirituel, au Christ. Mon but est que je n’en ai pas.

Vous avez créé une école ?

Oui, mais nous l’appelons plutôt université libre ; les élèves trouvaient que le terme école fait un peu enfantin… L’enseignement se fait uniquement oralement par le biais de séminaires. Quand je donne une conférence, je ne sais pas toujours ce que je vais dire à l’avance. Je suis à l’écoute des gens, de ce qu’ils recherchent, et je perçois leur demande de façon claire. La base de l’enseignement est la méditation créatrice. Elle se distingue de la méditation orientale qui vise à calmer le mental pour accéder à la paix. Notre méditation intègre toute une démarche intérieure. Elle permet de développer une vie intérieure qui consiste à se questionner afin de trouver des réponses par soi-même en connexion avec le monde spirituel. À l’inverse du channeling, c’est une démarche d’autonomie, de responsabilité. Je dis toujours à mes élèves d’expérimenter par eux-mêmes et de voir si ce que je propose leur convient, si ça fonctionne pour eux. Sinon, ils ont toute la liberté d’aller voir ailleurs. La liberté est mon éthique de base.

Propos recueillis par Henri Degard