Entrevue avec Pierre LASSALLE, créateur, auteur, conférencier

Céline : Bonjour Pierre ! Si tu veux bien, nous allons explorer quelque peu le sujet de l’héroïsme, ce thème que tu aimes particulièrement, et ce, en essayant de le relier plus particulièrement à la jeunesse. Es-tu partant?

Pierre : Oui, tout à fait!

Tout d’abord, nous allons parler des valeurs héroïques pour essayer de les définir ou d’en nommer quelques-unes au moins! Ensuite, j’aimerais avoir ton point de vue, à savoir : « Est-ce vraiment essentiel, selon toi, d’inculquer ces valeurs héroïques aux jeunes aujourd’hui? ».

– C’est sûr que, de mon point de vue, l’héroïsme est très important. Certaines de ses valeurs pourraient être enseignées dès l’enfance, puisqu’en fait la base de l’héroïsme, c’est le courage : je dirais que c’est le fait d’avoir un gros cœur, un cœur fort! C’est donc super important de développer le courage parce qu’il nous aide pour toute la vie et dans tous les domaines!

Par exemple, la plupart des éducateurs reconnaissent qu’il est important pour un enfant de faire du sport. En cela, je suis bien d’accord, dans le sens où j’ai moi-même pratiqué un sport dans ma jeunesse ; et c’est vrai que cela éduque de bonne manière, justement par rapport au courage, qui est si nécessaire en tant qu’adulte ensuite, dans tous les secteurs de la vie, pour faire face à tous les défis que l’on rencontre, les épreuves, les peurs, etc. C’est clair : il est nécessaire partout et tout le temps! Dans chaque domaine de vie, on a besoin d’une dose de courage, qui va nous aider à prendre une décision, à aller de l’avant, à faire un choix, à oser se lancer, à prendre des risques pour atteindre un but ou vivre son idéal, etc.

Or, puisque l’on reconnaît que le sport est essentiel pour l’enfant, pourquoi ne pas essayer d’en extraire la quintessence – qui est ce que j’appelle l’héroïsme – ne serait-ce que la base, à savoir le courage, et l’enseigner aux jeunes !? Lui apporter un enseignement de sorte qu’il soit capable de faire face à tout ce qui se passe dans la vie. En plus, en dehors du courage, cela aidera également le jeune à gagner en confiance en lui. Il y a tellement de jeunes (et d’adultes ensuite), qui manquent de confiance en eux! Là aussi je l’ai expérimenté : étant enfant j’étais très timide et le sport m’a bien aidé à sortir de ma carapace ! (Rires) C’est sûr, c’est d’une grande aide!

Le courage, avec la confiance en soi, débouchent forcément sur la capacité de prendre des décisions, d’être capable de faire des choix, et aussi de pouvoir s’affirmer, de manière juste tout en respectant l’autre. Alors forcément, on en trouve beaucoup de bienfaits dans les relations, puisqu’à l’inverse, si on a un cœur faible, c’est-à-dire fermé, comment peut-on vraiment entrer en relation avec l’autre? Dans ce cas, on a forcément peur de l’autre, on est méfiant, toujours dans le doute… Bref, c’est catastrophique !

A contrario, le courage, lui, il aide à ouvrir le cœur, alors on est bien plus ouvert aussi face aux autres et aux situations. Ce courage, qui induit l’ouverture, facilite la circulation de moi vers l’autre, ou les autres, et aussi vers les situations qui surviennent. C’est une clé qui peut régler beaucoup de choses! Selon moi, ce type d’éducation aiderait vraiment le jeune à se révéler.

– Par conséquent, sans cet apport, l’éducation n’aide pas vraiment l’évolution du jeune?

– Eh bien, l’énorme problème c’est qu’aujourd’hui, les éducateurs emplissent la tête de l’enfant ou/et du jeune de milliards de savoirs, dont au moins 90% ne lui serviront strictement à rien de toute sa vie!

Par rapport à la connaissance que j’ai du fonctionnement humain, ce que je considère comme étant le plus important, c’est d’aider l’enfant, et ensuite le jeune, à sortir tout ce qui est en lui! En réalité, tout être humain qui s’incarne vient avec toutes sortes de bagages, toutes sortes de capacités, de qualités, de facultés qu’il faut justement l’aider à faire sortir de lui.

Une éducation dite « héroïque » existerait dans ce but-là : aider l’enfant, puis le jeune et l’adolescent, à sortir de lui, à dévoiler ce qu’il porte comme qualités, facultés, capacités, unicités, qui l’aideraient justement à se sentir plus fort, mieux dans sa peau, bien adapté à cette Terre, et donc capable de se révéler finalement ! C’est de cela dont il s’agit, selon moi.

Je dirais que, à la base, l’héroïsme c’est bien sûr le courage, comme on peut facilement le comprendre. Mais ensuite, en se développant, il amène jusqu’à la révélation pleine et entière de l’humain! Cela implique la compréhension de qui est l’être humain, ce qu’il fait sur cette Terre, ce qu’il doit révéler, et comment il peut entrer en relation de manière juste et sacrée avec les autres… Au final, c’est très vaste !

– Et, est-ce que cela implique que les éducateurs ou les animateurs soient eux-mêmes des sortes de héros à leur manière? Ou nous dirons, qu’ils fassent eux-mêmes preuve d’héroïsme dans leur vie, en incarnant ces valeurs-là, pour permettre à l’enfant ou au jeune de se modeler, de s’identifier à cet éducateur?

– Oui, bien sûr, c’est même essentiel! De toute façon, selon moi, on ne peut enseigner que par l’exemple, c’est la base ! (Rires) Moi-même en tant qu’enseignant par rapport aux adultes, c’est ainsi que je procède. Enseigner quelque chose de façon strictement intellectuelle ne sert à rien : cela va rester lettre morte dans l’individu. Or, il faut savoir par exemple que les jeunes compris dans la tranche d’âge de 7 à 14 ans ont énormément besoin d’un adulte modèle qui les aident justement à ouvrir leur cœur, à prendre conscience du bien et du mal, ce qui les aidera plus tard à prendre des décisions, faire des choix opportuns, etc. Alors oui, c’est très important en effet que l’éducateur ou l’animateur vive ce qu’il enseigne!

– Et qu’en est-il des artistes ou du rôle de l’art dans ce phénomène de révélation des potentiels que le jeune porte en lui ? Serait-ce bénéfique que ce soit des artistes qui aident à cela, par exemple?

– Eh bien, c’est sûr que les artistes ont un rôle très important dans cette démarche. Pour les jeunes, et surtout les adolescents, c’est très important qu’ils puissent vivre une pratique artistique, qui sera d’ailleurs en général un don. Un don artistique c’est vrai que c’est majeur, car c’est grâce à lui que l’adolescent va passer l’étape difficile pour devenir un adulte ensuite. Évidemment, c’est une très belle opportunité si un adolescent dispose d’un don artistique (qui peut même venir de son enfance) : il l’aide à se révéler.

Par exemple aussi, lorsqu’un adolescent est rebelle, c’est qu’il cherche à être créateur, il cherche à trouver sa place dans le monde. S’il vit un art, ça va l’aider, ça va lui donner comme un idéal, un futur possible à travers lequel il va commencer à se révéler, et ça, c’est vraiment essentiel! Bien sûr, un artiste adulte peut jouer un rôle de modèle par rapport à des jeunes, pour leur montrer qu’à travers un art on peut vraiment se révéler, donner de soi, montrer dans le monde toutes sortes de forces et de réalisations, apporter beaucoup d’espérance et de beauté. Cet artiste adulte peut être en quelque sorte un modèle pour participer à une nouvelle civilisation, pour participer à la création d’un beau futur.

De mon point de vue, le véritable artiste est forcément dans une démarche que je nomme « héroïque ». Parce que, bien sûr, il y a aussi ce que j’appellerai des pseudos artistes, qui sont, soit, dans le domaine des thérapies, soit, comment dire… très à la mode, mais qui ne manifestent que ce qu’il y a dans leur inconscient, c’est-à-dire des choses assez noires, négatives, glauques, et qui plaisent à une certaine frange de gens… Mais pour moi, dans ce cas, ce ne sont pas ce que j’appelle des vrais artistes.

Selon moi, le vrai artiste est quelqu’un qui, forcément, révèle la beauté! Cela a toujours été la mission de l’artiste, depuis tous les temps, et ce le sera toujours. Le vrai artiste qui révèle la beauté, oui, lui il joue un rôle de modèle par rapport aux jeunes, tout simplement parce que les jeunes sont en quête… en quête d’amour, en quête de beauté, et en quête d’art aussi. Alors, un artiste qui montre cette beauté et qui montre en plus que cette beauté, il l’a révélée à travers toutes sortes d’efforts qui l’ont aidé lui-même à se révéler, à faire sortir des forces nouvelles de lui, eh bien ça va donner énormément d’espérance au jeune! Ça va lui donner l’impression que tout est possible et qu’en faisant des efforts, en se dépassant, en relevant ses défis, en se révélant… la beauté est au bout ! C’est donc forcément génial ! Pour le jeune, c’est vraiment un très beau but.

– Oui, c’est ce côté créateur qui sommeille en lui qui peut être réveillé par la voie d’un art héroïque.

Voilà, c’est ça ! Et, si l’individu artiste est conscient de ce phénomène, et s’il joue un peu ce rôle de modèle vis-à-vis des jeunes, eh bien, il peut leur montrer que c’est quelque chose qui est même plus vaste que l’art : il peut leur montrer que c’est un certain état d’esprit, un certain mode de vie, un certain état d’être… que j’appelle « héroïsme ». L’héroïsme dans la vraie vie ! Cet artiste-là, il ne le vit pas seulement dans son art, mais dans toute sa vie. Je connais déjà une poignée d’artistes qui vont dans ce sens-là, et là, pour les jeunes c’est formidable, car ça leur montre toute la grandeur de l’être humain et un beau futur !

Et, en leur montrant et leur faisant expérimenter ce qui est beau, et aussi parce qu’ils se dépassent pour y arriver, du coup ils voient aussi une différence avec des laideurs ou noirceurs prétendument « artistiques » dans le monde, et ils sauront faire des choix, car ils sauront ce qui leur plaît vraiment au fond, ce qui touche leur cœur, et ce qui ne le touche pas…

– Eh oui, bien sûr ! En fait, ça leur permettra de développer le discernement et de peser le bien et le mal, de faire leur choix et puis de savoir que le bien peut être plus fort que le mal, que la beauté peut être plus forte que la laideur… et c’est plein d’espérance! C’est vraiment une belle mission pour un artiste qui veut devenir ce genre de modèle !

C’est parfait, ça donne très envie! (Rires)

– Oui, je l’espère!

Merci pour ce sujet.

– Je t’en prie.

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