Pour un seul artiste, il est épanouissant d’amplifier sa perception d’une même œuvre avec différents arts. Chaque forme artistique ayant son propre langage, l’expression de la source de l’œuvre n’en est que bonifiée !

Voici un partage, dans une version contée…

Repanse de Schoye,

ou,

La Porteuse du Graal

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« Il fut un jour, à une heure hivernale où la nuit se mêlait à la clarté, le calme et le silence régnaient. Je voguais ainsi dans une semi-pénombre, entre le rêve et la réalité, quand soudain à ma gauche, un être me frôla et me dépassa, amenant avec lui une grande et particulière lumière.
Cette personne étant à contre-jour, j’entr’apercevais vaguement sa robe blanche et sa très longue chevelure dorée. La raison de mon manque d’attention à cette dame doit être éclaircie. En effet, il en est ainsi car je fus immédiatement subjuguée par ce qu’elle tenait entre ses mains, et qui était la source de la lumière. Je me trouvais si éprise de cette vision, que ma respiration s’arrêta…

L’être, une femme, tendait devant elle, à pleine main, une merveilleuse coupe émeraude et dorée. Le pied était court et fin, mais la coupe en elle-même était d’une amplitude impressionnante, bien plus large que les mains de la dame qui la portait. Sa substance toute particulière semblait vivante, car la surface extérieure de la coupe se mouvait, respirant au même rythme que la lumière.
Par un liquide délicat, les grains dorés s’unissaient aux marbrures émeraudes, et sans véritablement se mélanger, dansaient ensemble en de fins filaments, créant une profondeur telle que l’on eut dit que plusieurs dimensions se mouvaient sur cette surface singulière. La dorure voulait joyeusement s’extraire de l’émail pour flotter dans l’air libre, distillant sur son passage une discrète poussière d’or, tandis que la couleur émeraude et ses différentes strates entraînaient le regard vers des couches intérieures et méconnues de la coupe. Alors que le doré défiait les lois de la nature dans sa mouvance, le vert émeraude auréolait les alentours de sa teinte, tel un halo qui envelopperait avec douceur toute autre couleur.
Quant à la lumière, elle provenait, semblait-il, de l’intérieur de la coupe elle-même. Elle se diffusait dans une respiration sereine et progressive, s’évaporant dans les hauteurs en nuées immaculées, laissant un imperceptible parfum flotter derrière elle. A la différence de la dorure qui semblait également provenir de l’intérieur de la coupe, remontant les parois, et se répandant abondamment sur le bord supérieur, pour enfin couler délicieusement dans son émeraude mariage, la lumière, elle, d’un pur éclat blanc, rayonnait puissamment partout à la fois ! Elle était si éblouissante en son centre, qu’il était impossible, concernant le contenu de la coupe, de percevoir autre chose que son éclat, révélant ainsi la capacité de son aura. Et pourtant son champ de rayonnement paraissait de courte portée, comparée à sa force. Soit elle ne désirait point envahir le monde, soit elle se laissait entourer consciemment par la pénombre, se protégeant ainsi des regards indésirables.

Alors que j’étais incapable de détacher mes yeux du Graal, la dame arrêta sa procession, et, tranquillement, tourna légèrement la tête vers moi. Je reportais enfin mon attention sur elle, et je m’aperçus qu’elle me regardait d’une joie malicieuse, apparemment très satisfaite de m’avoir ainsi captivée par surprise !
Elle avait un visage des plus beaux et doux. Parée avec beaucoup de finesse et d’ouvrage, autant pour sa robe blanche ornée de broderies dans les mêmes teintes, que sa longue chevelure blonde qui descendait en une multitude de tressages compliqués, elle ne portait aucun autre artifice que sa simplicité. La noblesse qu’elle dégageait ne dépassait certainement pas son abnégation et son joyeux amour, dont elle entourait la coupe. Je ne pouvais qu’admirer la grande pureté qui émanait d’elle.

Le mystère dévoilé, elle ne pouvait qu’être La Porteuse du Graal, aucun doute ne pouvait demeurer, son nom est Celle Qui Répand La Joie, la vérité est assurée.

Elle me fit un petit sourire complice, devant l’air subjugué que je devais toujours afficher devant cette apparition réussie. Puis elle se retourna et reprit sa sereine démarche, dérobant la coupe de ma vue, et repartit vers quelques desseins inconnus. Rapidement, la lumière immaculée auréolée de sa teinte émeraude fut enveloppée par les ténèbres environnantes, pour disparaître totalement. La pénombre paraissait plus dense après une telle vision, et seul le silence accompagnait mon émerveillement. »

Voir la progression de l’oeuvre dans la galerie

Par Lucidaëlle

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